Chasseur de coquilles…

« Les anarchistes et limprimerie »


Calendrier de 2022
du Centre international
de recherches sur l’anarchisme
de Marseille

Chasseur de coquilles…
… ou correcteur d’imprimerie, métier où il s’agit de débusquer les erreurs grammaticales, historiques, typographiques, etc., et, pour le moins, de ne pas être trop mauvais en orthographe.
Sortir de prison pour avoir refuser de faire la guerre d’Algérie a pu être pour moi un avantage quand, après avoir rencontré Louis Lecoin (qui fut correcteur), ce dernier m’orienta vers May Picqueray (May la réfractaire), chef-correctrice à l’ancien Libération ; et c’est elle qui me conduisit dans le bureau étroit du syndicat parisien des correcteurs pour y passer un petit examen écrit et être accepté, puis, pendant trois années, travailler dans le « labeur » où tout ce qui s’imprimait (affiches, romans, petites publications, livres de classe, rapports divers, etc.) devait être lu et corrigé.
Après ce temps, on avait le droit d’entrer en presse, « rouler » dans divers quotidiens, attendre une place libre, espérer l’accord d’une équipe – les patrons ne se mêlaient pas des embauches – pour entrer « en pied ».
Devenu « ouvrier du livre », c’est comme ça que j’ai travaillé avec Georges Navel, l’auteur de Travaux ; avec Claude Kottelanne et André Devriendt, collaborateurs du Monde libertaire ; avec Simone Larcher, animatrice des Causeries et compagne de Louis Louvet, correcteur ; avec Jean-Pierre Bertrand, un moment comptable du syndicat.
Et puis avec Chinette, la fille de Rirette Maîtrejean ; avec Tania Lehingue (son père, Yervant Aprahamiantz, tenait une imprimerie où était confectionnée la revue Anarchisme et non-violence ; Michel Tepernowsky, correcteur, y participa), atelier qui imprimait aussi Noir et Rouge, publication animée par Christian Lagant, également correcteur.
J’ai travaillé aussi avec Julien Toublet, dit Jean Thersant, secrétaire de la CGT-SR de 1934 à 1938 (son fils Jacky fut secrétaire de notre syndicat) et, dans le même cassetin, avec Georges Rubel, graveur, fils de Maximilien, marxologue et conseilliste ; par ailleurs avec René Lefeuvre qui animait les cahiers Spartacus ; avec Jean-Paul Proix, « retoucheur »  dans un journal, et avec Malo, sa compagne également correctrice. Jean-Paul, fils de Robert Proix qui collabora à Liberté de Lecoin, mais aussi à Témoins, la revue de Jean-Paul Samson, insoumis de 14-18, réfugié à Zurich.
Il faut dire, qu’en presse, le temps de travail pouvait être très court laissant la place à des activités artistiques, littéraires et… militantes.
Marie-Paul Zuate, elle, chef-correctrice dans l’édition, partageait la copie avec Gaston Leval (insoumis de 39-40) que j’eus le plaisir de rencontrer à Genève en 1956.
Lors des assemblées syndicales, je pouvais rencontrer Nicolas Lazarevitch qui montait régulièrement à la tribune de son pas lourd, tandis que Nicolas Faucier, l’ancien métallo, collaborateur de Lecoin, se montrait plus retenu et discret.
J’en oublie… Freddy Gomez, Thierry Porré, Guillaume Goutte, Alain Brühl, etc.
Mais c’est comme ça que, en 1975, j’ai participé à la grève du Parisien qui dura environ vingt-huit mois, avec occupation des lieux, de l’Arc de triomphe, de Notre-Dame, du paquebot France, etc., avec ses « rodéos », c.-à-d. l’attaque des véhicules pour éparpiller les journaux qui s’imprimaient en Belgique…
Qui prendra la peine d’écrire l’histoire de ce milieu bien particulier, de ce petit syndicat libertaire de chasseurs-coquilleurs ?

André
septembre 2021

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